À l’approche des fêtes de fin d’année 2025, alors que les journées finlandaises se réduisaient à quelques heures de lumière, Matthys, volontaire sarthois engagé avec le Corps européen de solidarité, a fait un choix radical : transformer son retour pour Noël en véritable aventure. Depuis son lieu de mission, il a entrepris de rejoindre l’aéroport uniquement par la force de ses jambes, alternant marche et course à travers paysages sauvages, routes isolées et chemins détrempés. Pendant cinq jours, il a parcouru 174,5 kilomètres dans des conditions exigeantes, affrontant le froid, l’humidité et la solitude, porté par la détermination d’aller jusqu’au bout.
L’envie de relever ce défi est née bien avant le grand départ. Mi-octobre, quelques semaines après son arrivée en Finlande, Matthys a ressenti ce besoin profond qui le définit : se dépasser, explorer ses limites physiques et mentales, et les repousser. Inspiré par des récits d’ultra-traileurs et par la force de leurs communautés, il a compris que certaines émotions sont presque indescriptibles et qu’il fallait les vivre pour réellement les ressentir. L’idée lui est venue : traverser la Finlande à pied, de Loimaa à Helsinki, en plein hiver, au lieu de prendre le train, pour rejoindre son avion et passer Noël auprès de sa famille. Une idée folle, naïve et pourtant vibrante, qui l’a poussé à s’entraîner intensément pendant deux mois, courant tous les deux ou trois jours, apprenant les détails techniques et préparant son corps à l’inconnu. Le projet était irréaliste, exigeant et incertain, mais c’était précisément ce qui le rendait magique : l’innocence et l’énergie pure de se lancer sans savoir exactement ce que l’on va trouver, juste avec la volonté d’aller au bout et de vivre cette aventure unique.
Avant même le premier pas, l’aventure commence par la stratégie. Matthys n’était pas équipé pour une telle expédition : il a dû acheter son matériel directement en Finlande. Sous-vêtements techniques respirants, pantalon imperméable coupant le vent, système de couches superposées pour réguler la température corporelle. Il savait que tout se jouerait là : pouvoir enlever une couche en courant, en remettre une en marchant, éviter la transpiration qui glace le corps à l’arrêt.
Dans le sac à dos :
bonnet, tour de cou et gants toujours prêts ;
une deuxième paire en cas de grand froid ;
son téléphone, GPS activé, application de suivi enclenchée ;
des écouteurs sans fil, pour appeler ses proches dans les moments de doute… mais aussi pour les retirer et écouter la nature, car c’était bien pour cela qu’il était venu.
Cette “marche” lui coûtera près de 700 euros — matériel, hôtels, nourriture. “Le moyen de transport le plus cher que j’ai jamais pris”. Mais aussi le plus magique.
Contrairement à l’image d’une Finlande glaciale, les premiers jours sont surtout humides. Pluie fine, chemins marécageux, racines traîtresses.
Ses chaussures waterproof finissent par céder. Il doit utiliser ses cinq paires de chaussettes tant tout est détrempé.
Courir devient impossible sur certains tronçons : terrain étroit entre les lacs, boue instable, racines omniprésentes. Avec un sac lourd et une préparation imparfaite, ses articulations protestent. Il alterne marche et course, maintenant une moyenne d’environ 5 km/h — lente, mais héroïque au vu des conditions.
Le troisième jour restera le plus marquant. C’est aussi celui où la lumière se fait la plus rare : le soleil ne se lève qu’autour de 9h30 et disparaît dès 15h. Matthys prend la route avant l’aube, avançant dans une clarté fragile qui s’éteint bien trop vite. Lorsque la nuit tombe, le moral vacille. Sa lampe frontale n’éclaire que quelques mètres devant lui, laissant tout le reste dans une obscurité totale. Autour, aucun signe de vie : pas une maison, pas une voix, pas une présence humaine depuis des heures. La ville est encore à une dizaine de kilomètres, la forêt semble se refermer, et la solitude devient plus pesante. Face à cette sensation grandissante d’isolement, il choisit d’adapter son parcours et de longer la route : un itinéraire moins sauvage, mais plus rassurant pour affronter la nuit.
Le quatrième jour s’annonce éprouvant. La fatigue accumulée se fait sentir à chaque pas, marcher le long de la route étroite sous le frôlement des voitures, tandis que la nuit tombe et que le froid revient, devient un véritable défi mental. Et pourtant, entre ces moments d’épuisement, Matthys découvre des instants suspendus : la lumière rasante qui caresse un lac gelé, le silence immense de la forêt, la sensation profonde d’être exactement à sa place. “Par moments, je kiffais ma vie”, confie-t-il.
Chaque journée est millimétrée : une gourde d’un litre pour s’hydrater, environ 4000 calories dépensées, et des apports stratégiques pour tenir le rythme — chips pour la densité énergétique, Pringles pour le format pratique, chocolat et bonbons en quantité, nouilles instantanées quand cela est possible. Comme un soldat en mission, son combat est intérieur. Ses hôtels sont réservés au dernier moment, jamais sûr d’atteindre la fin du parcours. Chaque soir, la même question revient : continuer ou s’arrêter ?
Après cinq jours d’effort intense et 174,5 kilomètres parcourus, Matthys atteint enfin l’aéroport. Fatigué, amaigri, mais profondément transformé, il réalise que cette expédition n’était pas seulement un moyen de prendre un vol de Noël : c’était un véritable passage, une confrontation à la solitude, au doute et à la peur, une immersion totale dans la nature finlandaise.
Plus encore, c’est la preuve qu’un volontaire, même loin de chez lui, peut puiser en lui des ressources insoupçonnées. Là où beaucoup auraient choisi le confort d’un billet de bus, Matthys a opté pour l’aventure.
Son parcours nous rappelle une leçon essentielle : le green travel, c’est possible. Voyager autrement exige plus d’effort, plus d’organisation, parfois plus de courage, mais c’est aussi la manière la plus riche de donner du sens à ses déplacements, de réduire son impact et de transformer un simple trajet en une véritable expérience de vie. Bravo Matthys pour ce défi incroyable et cette démonstration de détermination et de passion pour l’aventure ! 🌲✨
Toutes les images de cet article ont été généreusement fournies par Matthys.























