14 décembre 2016

La Vrrroumanie – épisode 6

Y a-t-il d’élève roumain qui s’est échappé du collège ou du lycée sans devoir apprendre au moins quelques vers du poète national Mihai Eminescu ? Pas à ce que je sache, mais, personnellement, j’ai n’ai pas trouvé de raison de bouder quand mes profs me demandaient d’apprendre par cœur quelques des 98 strophes du poème Hypérion… Voici pourquoi.

Tous les grands qui m’entouraient semblaient connaître l’attendrissante histoire de l’étoile du matin et, puisque un livre du poète traînait quelque part dans ma maison, je me suis attaquée au long poème. Et j’ai bien fait, car ces centaines de vers m’ont apporté quelque chose. À une première lecture, de la joie et du chagrin, des rimes douces. Avec l’âge, une autre manière de voir le monde, des raisons de pousser des soupirs en souriant et de sourire en poussant des soupirs.

Qu’y a-t-il de si spécial dans cette histoire ? Pourquoi a-t-elle ravi des générations de lecteurs – rêveurs, philosophes et pas seulement ?

Lui, il est l’étoile du matin. Elle est une enfant d’empereur qui n’a pas de semblable dans ce monde de par sa beauté, de par sa grâce. Lorsqu’elle contemple les cieux pendant la nuit, avant de se coucher, son regard tombe à plusieurs reprises sur cette étoile. Elle lui parle, lui confie ses rêves, ses espoirs.

« Descends vers moi, Hypérion,

Sur tes raies qui scintillent,

Viens dans mon cœur, viens dans mon âme,

Viens éclairer ma vie !»

Un amour inouï naît, mais qui est prêt à quitter sa vie et rejoindre l’autre dans son monde ? Cela vaut vraiment la peine de transcender sa condition (humaine ou céleste) au nom de l’amour ? Et qu’est-ce que c’est exactement l’amour dans notre cas ? L’aspiration de la fille à un monde supérieur, celui du génie ? L’affection invraisemblable que l’astre du matin a pour cette demoiselle ? Dans les deux cas, cet attachement nous emmène loin des sentiers battus, loin de ce monde.

Ensuite, avec l’arrivée d’un certain garçon de la cour, on se demande bien si l’amour n’est pas un sentiment plus terrestre… À chaque lecteur d’en juger.

Pour scintiller à la française, je vous propose de lire la traduction de G. Pruteanu ou celle de F. Saurel.

Je n’oublie pas non plus les roumanophones ! Bonne lecture !

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